Jeudi 9 Février 2012
Article paru en novembre 2000
dans CEA Techno(s) n° 53

Le web sur WorldFIP ou le contrôle-commande par téléphone

La maintenance de composants d'automatismes à distance dans des architectures de contrôle-commande commence à s'installer dans le monde industriel. Le CEA propose aujourd'hui d'aller plus loin et d'enfouir un serveur WEB directement au sein des équipements raccordés au réseau WorldFIP. Il s'agit en fait de suivre, en temps réel, l'évolution de tous les paramètres, sur un portable possédant une interface graphique évoluée.

Au sein des architectures de contrôle-commande de procédés industriels complexes, on trouve de plus en plus de composants intelligents dont la maintenance est souvent hors de portée d'un technicien non spécialisé. Pour Christian Walter, ingénieur au DAPNIA, cette constatation pose une vraie question : ++quelle stratégie de maintenance doit adopter une entreprise qui s'équipe d'auto- matismes de haute technologie pour son unité chilienne ?++ Le DAPNIA du CEA Saclay possède une expérience qui pourrait vraisemblablement intéresser ces industriels.
En effet, aujourd'hui, une dizaine d'installations dans le monde (télescope Eros, cible cryogénique CLAS, Atlas calorimètre au Cern...) sont conçues de telle façon qu'il soit possible de visualiser en temps réel, grâce à Internet, tous les paramètres du contrôle-commande depuis n'importe quel outil communiquant type PC (aujourd'hui) ou Wap et téléphone portable (demain). Explications...

Embarquer les serveurs au plus près des capteurs
Pour accroître la disponibilité des installations de contrôle-commande, il est indispensable de disposer de moyens rapides d'aide à la conduite et de diagnostic à distance. Dans cette optique, le DAPNIA a utilisé les technologies de l'Internet et une première approche a été de mettre en place, au niveau du poste de conduite sur site, un serveur http à accès limité, chargé de fournir l'ensemble de l'imagerie et des acquisitions locales à un client équipé d'un simple navigateur Internet. La technologie JAVA a été retenue ainsi que le standard Microsoft (Explorer).
Une seconde approche, qui commence en ce moment consistera à enfouir un serveur web directement au sein des équipements raccordés au réseau WorldFIP. Les trames TCP-IP sont alors encapsulées dans la messagerie de FIP et circulent en dehors du trafic déterministe des variables périodiques. Les postes de conduite locaux ou tout autre matériel servent également de routeur WorldFIP/TCP-IP.
++La révolution, explique Christian Walter, c'est que l'on donne à l'objet de plus en plus d'intelligence et de moyens de communication qui vont lui permettre d'établir une communication optimale et sécurisée avec l'utilisateur du bout du monde++. Ainsi, l'ingénieur chargé de la maintenance chez le constructeur d'un équipement sophistiqué peut, à partir de n'importe quel PC, mais aussi d'un portable possédant une interface graphique évoluée, visualiser les données et tous les paramètres en temps réel.
++En fait, rajoute Christian Walter, WorldFIP nous a simplifié la vie. Nous nous sommes contentés de rajouter une couche logicielle pour faire passer de l'Internet sur de l'existant. Aujourd'hui, on vient chercher des données par un serveur web au niveau du poste de supervision locale. Demain, on les aura en faisant router Internet sur le réseau de terrain local++. De plus, ce système permet de diminuer les coûts de surcâblage en évitant de tirer des lignes Ethernet. ++Notre objectif sera d'effectuer prochainement le transfert industriel de ces développements logiciels serveurs Web chez notre partenaire industriel MII++.

Surveiller le cryostat du calorimètre Atlas du Cern

Le contrôle-commande du cryostat du calorimètre Atlas du Cern est assuré par un système à base d'automates et de composants industriels (ALSTOM, MII...) et d'un PC de supervision intégrant un serveur Web. Cette architecture est constituée notamment, d'ensembles intelligents de mesure de température, d'îlots pneumatiques (électro-vannes) avec une connection réseau permettant de les piloter directement sans passer par des cartes E/S. Avec cette architecture, il est possible de voir ce qui ce qui se passe à distance grâce au serveur http fourni par le poste de supervision.
L'image de fond graphique (35 ko) est téléchargée en début de connexion avec le navigateur du client. Tout le reste n'est en fait que du transfert de données (1500 variables) en temps réel avec incrustation des valeurs numériques (rafraîchissement toutes les 3 secondes). Le mode historique permet de dérouler en mode graphique l'ensemble des vues sur une semaine avec un pas de 10 secondes. Ainsi, s'il y a eu un incident la veille, on peut rejouer tout l'historique de la séquence et voir l'évolution des 1500 paramètres toutes les 10 s.