Faisceaux automobiles : les défauts détectés à moins de 10 cm près
Comment localiser précisément un problème physique sur un brin de faisceau automobile de plusieurs mètres de long ? Aujourd'hui, les garagistes consacrent beaucoup de temps au diagnostic du défaut sur le câblage. Demain, grâce à l'outil de diagnostic développé par le CEA/LIST dans le cadre du projet Smart Electronics Embedded Diagnosis Systems (SEEDS, projet issu du pole de compétitivité System@tic Paris Région et financé par le PREDIT / ANR), ils pourraient déterminer l'emplacement du défaut en quelques secondes, à moins de 10 centimètres près.
Panne de câblage, danger ! Quand un garagiste y est confronté aujourd'hui, il dispose d'outils de diagnostic pour identifier le brin de faisceau en cause, au sein d'un réseau qui peut totaliser plusieurs kilomètres de fils. Mais si ce brin mesure 10 mètres de long et traverse tout le véhicule par des chemins capricieux, il n'a aucune indication sur l'endroit où il doit intervenir. Et la recherche peut durer des heures !
Le CEA LIST a mené ses premiers travaux sur le sujet pour des applications nucléaires et élargit depuis plusieurs années ses études aux transports : recherches amont sur la méthode de détection, réduction de la fréquence de signal, prototypage et tests de validation sur des portions de faisceaux
La grande force de cette technologie est de réaliser cette localisation à environ 7 cm près aujourd'hui (en laboratoire), et sans doute 3 ou 4 cm demain. Elle s'appuie sur la réflectométrie, technique qui consiste à envoyer un signal sonde haute fréquence (100 MHz) sur le brin et à mesurer l'altération du signal en retour, qui ++signe++ la nature du défaut (court-circuit, fil cassé, connecteur défaillant) et son emplacement. ++La réflectométrie est une technique lourde qui nécessite de s'associer à un laboratoire de pointe pour la mise au point d'outils innovants, souligne pour Delphi, l'un des partenaires du projet SEEDS, Charles-Henri Garih*. Elle est éminemment complémentaire de nos outils de diagnostic existants, et c'est ce qui donne du sens à notre collaboration avec le CEA.++ ++L'objectif à terme serait d'équiper chaque véhicule d'une puce de diagnostic embarquée, précise Fabrice Auzanneau, du CEA LIST. Mais il faudra pour cela tomber à des coûts compatibles avec l'industrie automobile, ce qui suppose encore d'importants travaux.++
L'outil de diagnostic pour garagistes constitue donc une étape intermédiaire, mais aussi un marché à part entière.
Delphi dispose depuis peu d'un pré-prototype conçu par le CEA LIST. Il va faire l'objet de tests et servir de support à une étude de marché, avant une possible industrialisation. ++Nous souhaitons tout d'abord valider l'adéquation de l'outil à son marché et dans le cadre de cette synergie veiller à la satisfaction de nos utilisateurs++ explique Charles-Henri Garih.
Ces systèmes ont d'autres applications en vue. Leur technologie permettrait par exemple de localiser des défauts sur les faisceaux des avions de ligne (400 km cumulés de câbles pour certains appareils !) ou des navires de croisière (2500 km sur le Queen Mary II) ; ou encore, sur les centaines de milliers de kilomètres de câbles enterrés servant à la distribution électrique. La précision de localisation serait alors dégradée (environ 10 mètres pour les câbles électriques), mais représenterait un énorme progrès au regard des fastidieuses recherches d'aujourd'hui.
* Charles-Henri Garih est responsable de la ligne de produits outils de diagnostic automobiles de Delphi.