L'ADN prêt à traverser les siècles
Coup double > Une capsule étanche contenant des molécules d'ADN parfaitement préservées, et pour protéger cette capsule, un conteneur miniaturisé d'une solidité exceptionnelle : c'est le "coup double" réussi par la société bordelaise IMAGENE et par le CEA. Cela grâce à un procédé permettant de conserver l'ADN à l'état sec et à température ambiante pendant des siècles, et à un mini-conteneur d'une durée de vie d'au moins 100 ans, capable de résister au feu et aux crash-tests. Le concept intéresse les particuliers et ouvre de vastes perspectives médicales...
Grâce au procédé breveté par la société IMAGENE, créée en 1998 près de Bordeaux, un particulier pourra sauvegarder son information génétique pendant des siècles, voire des millénaires. Ce procédé permet en effet, après purification, de mettre l'ADN à l'abri des facteurs d'altération - eau et oxygène en particulier -, dans une capsule étanche en or, soudée par laser et conservée à température ambiante. Une amélioration considérable par rapport aux autres procédés de conservation de l'ADN à long terme, à - 80° C ou - 196° C.
L'intérêt des particuliers pour un tel concept peut surprendre. Il a pourtant été démontré par deux études de marché : l'ADN, unique et spécifique à chaque individu, porte une forte charge affective et symbolique ; c'est une part de soi-même, une mémoire à léguer à ses descendants.
Le milieu médical, pour sa part, considère que "l'intérêt est évident pour la médecine prédictive, l'identification en médecine légale ou la recherche sur les maladies génétiques, souligne Sophie Tuffet, Pdg d'IMAGENE. Sans parler des applications futures, impossibles à imaginer aujourd'hui". Le concept, précisons-le, a été approuvé par le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE).
Restait à résoudre un point délicat : la capsule en or n'est pas conçue pour résister aux températures extrêmes, chutes, chocs, vibrations, écrasements, etc.. Or, sur cent ans ou plus, la probabilité de tels événements n'est pas négligeable. C'est ce qui a conduit IMAGENE à se tourner vers le CEA, pour lui demander d'abriter la précieuse capsule dans un conteneur à toute épreuve, mais assez petit pour trouver place chez un particulier. Difficulté supplémentaire : "il fallait que ce conteneur se prête à des ouvertures/fermetures répétées ! 'Au début, les chercheurs nous ont dit que c'était la quadrature du cercle. Mais ils ont trouvé".
Le mini-conteneur, baptisé Ellipsoïde et co-breveté par IMAGENE et le CEA, n'a pas d'équivalent connu. Autour d'un matériau structurel, le titane, il associe des super-isolants microporeux à base de poudre d'oxydes et un revêtement de surface en géopolymère ; autant de matériaux inertes, même en vieillissement prolongé. Constitué de deux demi-coquilles, il concilie les contraintes thermiques et mécaniques avec la multi-ouverture : des crash-tests à 150 km/h, des tests au feu à 800° C et 1200° C ont montré que l'ensemble tenait bon.
L'ADN précieusement préservé pourra donc traverser les siècles. Et l'Ellipsoïde, adaptable et aménageable, intéresse déjà des industriels soucieux de transporter en toute sécurité d'autres objets aussi petits que précieux...