Etudes de sûreté : face à la technique, l'homme monte en puissance
Prévention > Aux côtés des aspects techniques, toujours prépondérants, le facteur humain prend une importance croissante dans les études de sûreté demandées par les autorités de contrôle. L'homme y est considéré comme une source de risque, mais aussi comme un précieux acteur face aux situations imprévues. Et surtout, il ne suffit plus de le "prendre en compte" dans les études : celles-ci doivent démontrer, preuves à l'appui, que la sûreté est effectivement assurée. Un niveau d'exigence qui s'appliquera peut-être demain à d'autres secteurs, en particulier la chimie.
Une installation aussi complexe qu'une centrale nucléaire est-elle plus sûre avec ou sans hommes ? Longtemps, les concepteurs ont cru que l'optimisation du design des systèmes techniques suffisait à assurer les objectifs de sûreté. Puis les accidents de Three Miles Island et de Tchernobyl ont montré les limites de la technique et a contrario, le poids décisif de l'homme dans la conduite d'un réacteur...
Celui-ci a d'abord essentiellement été vu comme une source de risque, d'où la nécessité d'optimiser ses moyens de travail (ergonomie, procédures, conduite informatisée) et le cadre général dans lequel il évolue (management, organisation d'équipe...). On peut aussi restreindre son domaine d'intervention par une automatisation poussée. "C'est alors que les choses se compliquent, explique Bernard Papin, du CEA/Cadarache : si les opérateurs ne sont plus sollicités par les tâches de conduite courantes, ils perdent progressivement la compréhension de l'installation et leur capacité à intervenir face aux imprévus".
Ce qui révèle une autre facette, autrement complexe, du facteur humain : si les centrales ont un remarquable niveau de sûreté, c'est aussi parce que chaque jour, des hommes "font bien", en routine comme en situation d'urgence. Mais comment mettre en évidence des comportements qui évitent les problèmes ?
Quoi qu'il en soit, la meilleure prise en compte des facteurs humains s'impose de plus en plus aux responsables des études de sûreté menées au CEA. Pour les installations existantes comme pour les projets. Aux spécialistes des Facteurs Humains (FH), donc, d'apporter aux concepteurs de culture technique des éléments de connaissance sur le fonctionnement des hommes et des organisations, et de les traduire sous forme d'exigences FH. Celles-ci sont issues d'analyses des situations de travail, basées sur une double approche : "macroscopique" (dispositions d'organisation générales des activités) et "microscopique" (l'homme à son poste de travail)
"Il ne s'agit plus de rajouter un vernis ergonomique, mais d'intégrer l'homme dès le début de la conception, ce qui sous-tend une véritable démarche précise Michèle Tosello, ergonome au CEA Cadarache. C'est impératif car les autorités de contrôle nous demandent de prouver que les FH sont pris en compte dans les études de sûreté. Elles s'intéressent à la fois aux résultats et aux méthodes pour y parvenir".
Ces méthodes ont été développées : retour d'expérience des situations de travail existantes, guides méthodologiques pour l'élaboration de diagnostic FH, analyses d'incidents intégrant les FH, simulateurs et maquettes pour la reconstitution d'activités... Dans l'avenir, ces outils pourront servir à d'autres secteurs d'activité : depuis AZF, par exemple, la chimie se voit régulièrement opposer le "modèle nucléaire" en matière de standards de prévention.