Ça chauffe dans l'infrarouge
Compatibilité > Depuis deux ans, le CEA/Leti héberge dans ses locaux Ulis, une entreprise dédiée aux microbolomètres, créée en collaboration avec Sofradir. Ulis exploite des brevets déposés par le Leti, qui décrivent des détecteurs infrarouges "tout silicium", non refroidis. Ils présentent les avantages d'être compatibles avec les technologies standard de la micro-électronique, et de pouvoir déboucher sur de multiples applications, jusqu'alors interdites aux caméras infrarouges en raison de leur prix. Le secteur automobile, l'industrie, la médecine, la sécurité civile et militaire... figurent parmi les futurs utilisateurs. Le départ d'Ulis vers ses nouveaux locaux, mi-2003, ne marquera pas la fin de l'aventure : le Leti va mener des programmes de R&D pour le compte d'Ulis.
Un tiers des accidents mortels surviennent la nuit, pour une circulation cinq fois moindre. "Une caméra infrarouge permettrait de détecter les obstacles dans l'obscurité", indique Éric Mottin, du Leti. Oui mais... les caméras infrarouges classiques (refroidies) sont réservées au marché militaire (guidage de missiles, etc.). Elles affichent des prix si élevés qu'il est inimaginable de les installer en série.
Une technologie infrarouge fiable bien moins chère
Or, une nouvelle technologie permet de fabriquer un détecteur infrarouge non refroidi - ou microbolomètre - bien moins cher. Si les États-Unis travaillent depuis longtemps sur ce concept, le Leti a apporté une amélioration capitale : son bolomètre est entièrement constitué de silicium. Il est donc compatible avec les processus de la micro-électronique, et peut être fabriqué grâce aux équipements dédiés aux puces silicium classiques. "Alors que nous avons commencé notre recherche 10 ans après les Américains, souligne Éric Mottin, nos bolomètres tout silicium, dont la R&D a été soutenue par la DGA, ont rapidement atteint leurs performances."
Une production industrielle, la nuit, dans un laboratoire public
Après avoir évalué les débouchés des détecteurs (surveillance industrielle, médicale, sécurité civile et militaire...), le Leti s'est allié à Sofradir, spécialiste des détecteurs infrarouges refroidis, afin de créer Ulis fin 2001, pour fabriquer les bolomètres. Très vite, les premières commandes sont arrivées. Pour les servir en attendant la construction de ses propres locaux, Ulis s'est alors tournée vers le Leti qui dispose de salles blanches et des machines appropriées ; celles-ci ont été "partagées" (le Leti le jour, Ulis la nuit) pour répondre à l'urgence de la situation.
Ce soutien a permis à Ulis de fabriquer plus de 2 000 bolomètres en 2002 et, surtout, de prendre pied sans retard sur son marché. En mai, la jeune société va intégrer ses locaux à Veurey-Voroise (38) et espère bien produire 10 000 détecteurs en 2004, 20 000 en 2005...
Elle continuera à travailler avec le Leti, puisque ce dernier étudie les moyens de multiplier par cinq les performances des bolomètres dans le cadre d'une politique de réduction des coûts. La première solution envisagée sera d'améliorer l'isolation thermique. L'augmentation des performances conduira ainsi à diminuer la taille des pixels (45x45 µm2 en 2002, 35x35 µm2 en 2003), d'où d'importantes économies en silicium. Enfin, le Leti entend automatiser la production des bolomètres. La mise en boîtiers des détecteurs, étape très délicate, est en effet réalisée manuellement. Au Leti de trouver mieux que la main de l'Homme.