Jeudi 9 Février 2012
Article paru en mars 2002
dans CEA Techno(s) n° 60

Vidéosurveillance : la transmission sans fil bientôt prête pour les transports

Robuste > Grâce à une technologie de transmission particulièrement robuste, le CEA/Léti établit cinq liaisons sans fil simultanées à 2 Mbit/s sur une même fréquence, pour les besoins de communications multipoint à point. Ces travaux menés dans le cadre du projet européen Prismatica intéressent au premier chef des opérateurs de transport comme la RATP, pour la vidéosurveillance temporaire des couloirs du métro. Ils permettraient aussi de transmettre des images et des sons, depuis un bus ou un tramway, vers un véhicule d'intervention : un projet-pilote est en cours de montage avec la Semitag, qui gère les transports publics de Grenoble.

Suivre des travaux, renforcer ponctuellement la sécurité (rencontre sportive...), prévenir la délinquance, neutraliser des taggers : autant d'occasions où la vidéosurveillance temporaire peut rendre de grands services aux opérateurs de transport. Mais voilà : il faut une à deux semaines de travaux pour installer des caméras - par ailleurs fort visibles -, et les liaisons sans fil conventionnelles passent mal dans des environnements de type métro où les mouvements de foule, passages de rames etc. multiplient les trajets des ondes... A moins de s'appuyer sur des technologies de transmission innovantes : c'est l'objectif poursuivi par le CEA/Léti dans le cadre du projet européen Prismatica sur la sécurité des transports publics.
"Un premier projet européen, Cromatica, nous a permis de valider une liaison sans fil point à point à 2 Mbit/s, explique Jean-René Lèquepeys, qui dirige ces travaux au Léti. Cette fois, il s'agit d'offrir 5 voies à 2 Mbit/s sur une même bande de fréquence, pour que cinq caméras puissent transmettre des images, du son et des données à un point central de réception."
Le démonstrateur en cours de réalisation utilise la technologie dite "à étalement de spectre", maîtrisée par le Léti et adaptée aux communications en milieu perturbé (cf. CEA Technologies n° 59, janvier-février 2002). Les difficultés se situent ailleurs, plus précisément dans la gestion simultanée de cinq voies de puissance différente (et fluctuante !), et dans la compression/décompression temps réel d'images à haut débit.
"Pour la compression/décompression, nous avons choisi la technique ondelettes, aussi efficace que le JPEG et plus tolérante aux erreurs de transmission : l'image perd légèrement en définition mais reste tout à fait exploitable", explique Jean-René Lèquepeys. Quant à la gestion des cinq voies, elle repose sur deux principes complémentaires.
Le premier, c'est l'ajustement permanent des puissances d'émission : chaque milliseconde, le récepteur renvoie aux émetteurs des consignes de régulation, afin que les 5 voies soient clairement hiérarchisées en puissance tout en restant dans une gamme homogène. Le second, c'est la suppression des interférences, rendue possible par cette hiérarchisation : le système analyse la voie la plus puissante, soustrait son interférence, analyse la deuxième voie la plus puissante, soustrait son interférence, etc.
Les travaux du Léti se concrétisent dans le circuit SABIC, un "bloc intelligent" chargé dans un circuit programmable, dont la première validation aura lieu en juin. Objectif visé : tenir un taux d'erreur de bit de 10-3 à 5 utilisateurs, voire moins, ce qui garantirait une qualité d'image satisfaisante. "C'est un projet à haut risque technologique, reconnaît Jean-René Lèquepeys. Mais si SABIC est validé, nous disposerons d'une transmission sans équivalent au monde".




Vidéosurveillance dans le métro parisien. Les opérateurs ont besoin d’images de qualité, mais aussi de son pour "décoder" certaines situations (chahut ou bagarre ?).