Jeudi 9 Février 2012
Article paru en novembre 2000
dans CEA Techno(s) n° 53

L'étalement de spectre monte en puissance dans les métros

L'étalement de spectre monte en puissance dans les métros

Si la radio était fiable à 100%, personne ne tirerait des fils entre la source d'un message et son destinataire. Mais voilà : les obstacles (bâtiments, personnes, arbres) rencontrés par une onde radio induisent plusieurs trajets de propagation, ce qui se traduit à l'arrivée par une somme d'informations déphasées qui peut provoquer par intermittences des interruptions de la liaison.
L'immense mérite de l'étalement de spectre par séquence directe, ou ESSD, est de supprimer ces interruptions. Les données émises sont multipliées par une séquence prédéfinie afin d'obtenir un signal large bande, de résolution temporelle accrue ; ainsi, le récepteur peut séparer les informations véhiculées par les différents trajets de propagation, puis reconstituer le signal de départ.
Le Léti, convaincu de ces atouts, a étudié l'ESSD à partir de 1989 pour des besoins en robotique d'intervention ; puis des collaborations industrielles se sont mises en place. Elles débouchent aujourd'hui sur un important contrat à New-York, signé par Matra Transport International (MTI).
Les autorités responsables du métro souhaitaient rénover sur une ligne le système de contrôle des trains (ATC), et en particulier le doter d'une transmission continue sol/train à hautes performances, véhiculant les données de sécurité, la vitesse des rames, les paramètres d'optimisation des espacements entre trains, etc. "La radio figurait de manière explicite dans le cahier des charges, précise Anne-Sophie Chazel, de MTI. Encore fallait-il prouver la robustesse de notre liaison dans un environnement aussi perturbé : tunnels, courbes, mouvements de foules, croisements de rames..."
Les premières démonstrations ont eu lieu dès 1995, avec des filtres à ondes acoustiques de surface conçus au Léti. Puis le développement s'est orienté vers des composants numériques. La liaison retenue définitivement en 1999 fonctionne dans la bande des 2,45 GHz et offre 64 kbits/s minimum. Les avantages sont tels que MTI compte étendre cette technique à l'ensemble de ses ATC numériques dérivés de Météor, la ligne 14 du métro parisien : "Les coûts d'installation et la maintenance sont réduits, la liaison est fiable, la gestion de la transmission est plus souple et le risque de vandalisme très limité" résume Anne-Sophie Chazel.
Les atouts de l'ESSD et en particulier la rapidité d'installation, ont convaincu la RATP de miser sur cette technique pour ses besoins en vidéosurveillance temporaire (suivi de la délinquance, déambulation dans des zones interdites au public, manifestations sportives, etc). En complément des caméras fixes qui équipent couloirs et stations, des caméras provisoires sont nécessaires pour surveiller des secteurs sensibles (agressions, tags, trafic de drogue). Grâce à l'ESSD, elles se passent de fils, s'installent dans des délais record et transmettent à un central des images à 2 Mbits/s : de quoi identifier sans erreur les auteurs d'actes de malveillance. Mieux : il est possible de mettre en place plusieurs caméras dans une même zone, les données fournies constituent ainsi de solides preuves.
Un premier projet européen, Cromatica, a abouti à un démonstrateur monocaméra. Le projet européen Prismatica, actuellement en cours et piloté par la RATP, devrait déboucher en 2002 sur un démonstrateur multicaméras proche du produit final. En parallèle, d'autres applications sont envisagées : la surveillance de stades, et celle des bus de la RATP en cas d'incident.




Exemple d’image vidéo obtenues dans le métro parisien avec deux modes de transmission.