Le cerveau s'affiche en dynamique et en haute définition
Pour les neurologues et neurochirurgiens, l'avancée est de taille : il est désormais possible de recaler automatiquement des images IRM, TESP et TEP du cerveau, et d'effectuer ainsi des diagnostics d'une précision inédite en matière de tumeurs, d'épilepsie focale, de maladie d'Alzheimer, de Parkinson, etc. Ceci grâce à un logiciel conçu au Service hospitalier Frédéric-Joliot (CEA), validé à l'hôpital d'instruction des Armées du Val-de-Grâce et porté sur Windows NT par la société Ségami, qui a bénéficié du transfert.
Le spécialiste du cerveau qui recourt à 'imagerie médicale disposait jusqu'ici d'informations complémentaires, mais fort délicates à synthétiser : d'un côté, l'IRM, précise au millimètre, qui lui livrait l'anatomie du cerveau de son patient ; de l'autre, la scintigraphie, qui détectait les zones malades (tumeur, épilepsie, dégénérescence...) avec une résolution spatiale dix fois plus faible ! "Vous pouviez identifier une tumeur, mais sa localisation restait délicate, ce qui affectait la justesse et l'indice de con-fiance de votre diagnostic", explique le Dr Hervé Foehrenbach, du service de médecine nucléaire du Val-de-Grâce.
Une situation à laquelle la plate-forme automatique de recalage d'images de Ségami met un terme définitif : à partir de deux images (IRM et tomographie de simple photon), elle élabore une vue synthétique produite par un recalage précis au millimètre selon les trois plans de référence, face à laquelle neurologues et neurochirurgiens se prononcent sans hésitation : siège d'une tumeur et opportunité d'une intervention, distinction claire entre zones nécrosées et zones tumorales actives en cas de soupçon de récidive, localisation d'une épilepsie focale, etc. "Le produit est destiné à une utilisation en routine clinique, mais il ouvre aussi de vastes horizons aux centres de recherche" souligne le Dr Jean-François Stévenet, de Ségami, qui a installé six systèmes en France en quelques mois. Par rapport aux rares logiciels de recalage d'images existants, le produit de Ségami présente deux différences majeures : il est entièrement automatique, donc indépendant de l'opérateur, les rares cas d'échec n'étant dus, selon le Dr Hervé Foehrenbach, qu'à des images-sources de qualité insuffisante ; par ailleurs, il fonctionne sur une base PC et Windows NT, d'où une excellente ergonomie et des échanges de données simplifiés avec le secrétariat, le confrère qui a demandé l'examen, le collègue basé à l'autre bout de la ville, etc. Alors que la plupart des solutions du marché sont des logiciels propriétaires sous Unix...
Ces atouts renforcent encore l'intérêt d'un produit qui a bénéficié, pour sa conception et sa validation, d'un environnement scientifique de haut niveau. Au sein du service hospitalier Frédéric-Joliot (CEA), haut lieu de l'imagerie médicale française, son concepteur Jean-François Mangin a pu valider ses choix d'algorithmes et de méthodes mathématiques sur plusieurs centaines de patients. "C'est ce qui m'a permis d'éviter les erreurs et les impasses d'une approche trop académique". Puis, au sein du service de médecine nucléaire du Val-de-Grâce, le Dr Hervé Foehrenbach s'est donné deux ans pour découvrir et valider l'outil, à travers des examens sur fantômes et sur patients, avant de l'employer en routine. "L'habillage" informatique de Ségami, déterminant pour l'ergonomie du logiciel, a fait le reste : la société vise aujourd'hui un marché mondial et fonde en particulier de grands espoirs sur le Japon, où un système vient d'être installé à 'université de Kyoto, chez le plus éminent spécialiste nippon de médecine nucléaire.