Jeudi 9 Février 2012
Article paru en mars 2004
dans CEA Techno(s) n° 70

TGV Méditerranée : la détection temps réel des séismes fait ses preuves

Depuis bientôt trois ans, le dispositif temps réel de détection des séismes conçu par le CEA surveille 240 km de voies du TGV Méditerranée. Le système, qui protège les rames contre les effets d'éventuelles secousses sismiques, n'a enregistré aucun déclenchement intempestif. Unique au monde par son étendue et sa conception, il a mobilisé de nombreuses sociétés partenaires, notamment pour les stations d'acquisition et les logiciels de supervision.

Les millions de passagers qui ont emprunté le TGV Méditerranée depuis le 10 juin 2001 ont été protégés du risque sismique par un système de détection temps réel, conçu et réalisé par le CEA. Plus précisément par la Direction des Applications Militaires (DAM), qui suit des dizaines de stations de surveillance sismique à travers le monde dans le cadre du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Tice).
"De nombreuses sociétés sont capables de gérer l'aléa sismique à l'échelle d'un périmètre limité, explique Laurent Bosca, de la DAM. Mais pour le TGV Méditerranée, il s'agissait de surveiller 240 km de voies traversant des zones à risque sismique, en temps réel et à partir d'un poste central de commande." De plus, le seuil de détection est bas : un séisme proche, même relativement faible, peut déformer des rails et menacer la trajectoire d'un train lancé à 300 km/h.
Le système en service depuis près de trois ans a donné jusqu'ici entière satisfaction ; il n'a enregistré aucun déclenchement intempestif, évidemment préjudiciable à l'exploitation de la ligne. "La seule modification a porté sur le renforcement de la protection foudre des stations de mesure, précise Laurent Bosca. La SNCF envisage aussi d'installer le contrôle à distance des stations."
Chacune de ces stations, installées tous les 10 km à environ 100 m des voies, héberge un accéléromètre tri-axial et une unité d'acquisition. En cas d'événement sismique, les données sont envoyées sur les postes de la SNCF situés en bordure de voie, puis parviennent par fibre optique au PC de Marseille Saint Charles où elles sont enregistrées et analysées sur une unité centrale de traitement en temps réel.
Un premier seuil de sismicité déclenche automatiquement, via la signalisation ferroviaire, le ralentissement du TGV à 170 km/h. Un second seuil, plus élevé, provoque l'arrêt des rames. Dans les deux cas, le système interroge alors le centre CEA de Bruyères-le-Chatel, qui gère un réseau de 40 sismomètres répartis sur tout le territoire français ; en moins de dix minutes, celui-ci confirme ou infirme l'alerte. La SNCF décide alors de reprendre le trafic, à allure normale ou ralentie, ou d'inspecter les voies.
Chef d'orchestre de l'ensemble de la chaîne, le CEA a associé à ce chantier plusieurs partenaires industriels : Schneider Electric pour les stations d'acquisition, trois SSII franciliennes pour les logiciels de traitement et d'analyse, une société spécialisée pour l'étude de sûreté de fonctionnement et une société de travaux publics pour les infrastructures. "Nous sommes prêts à d'autres collaborations avec de tels partenaires, indique Laurent Bosca. L'expertise en détection sismique du CEA, des capteurs aux logiciels de traitement, n'a pas d'équivalent en France, et l'appui sur notre propre réseau de sismomètres constitue une réassurance précieuse pour les exploitants."